Au cœur des Pyrénées centrales, Campan est un petit village rural d’apparence ordinaire, niché dans un écrin foisonnant de nature entre les hauts sommets du Col du Tourmalet et du Col d'Aspin. Toutefois, lorsqu'on s’y attarde le temps d’une balade, on découvre un bourg atypique encore largement habité par le passé, par les traditions et par une étrange population d’habitants : les « Mounaques ».


Qui sont les « Mounaques » de Campan ?

Mounaques
Mounaques


Depuis les plaines de la Vallée de Campan, la silhouette du village se dresse à l’horizon. À l’approche du village, j’entrevois depuis ma voiture un premier couple de « Mounaques » qui saluent les passants depuis la fenêtre d’une maison. Puis, un deuxième couple, dans un champ, attire mon regard. Puis, un troisième, dans un jardin ! Les « Mounaques » sont partout. Une halte s’impose pour explorer ce village à la recherche de ces « locaux » hors du commun postés aux balcons, dans les jardins, les cafés, derrière une fenêtre ou au détour d’une ruelle...


Mais au fait, que sont les « Mounaques » ?

Mounaques
Mounaques


Les « Mounaques » sont des poupées grandeur nature, fabriquées en chiffon et remplies de foin. Elles sont habillées de vêtements et entièrement confectionnées à la main. Mises en scène dans les rues, elles sont les gardiennes d’une tradition ancestrale qui perdure depuis le XIXème siècle et qui reflète l’identité folklorique de la Bigorre. Chaque année, de juillet à septembre, parcourir le village pittoresque à pied, les yeux grands ouverts à la recherche des « Mounaques », réserve aux visiteurs une découverte ludique et instructive.

Une ancienne tradition du Haut-Adour

L’Histoire rapporte qu’autrefois, dans la vallée de Campan, les couples s’unissaient au sein des villages. C'était une coutume traditionnelle liée au système d'héritage entre gens de la même communauté. Lorsqu'une idylle s'annonçait, la personne en question faisait l’objet d’un « charivari », une manifestation très bruyante de mécontentement des villageois qui réclamaient une sorte de tribut compensatoire. Si l’homme qui venait enlever une « héritière » aux jeunes du village ne s’acquittait pas de son tribut, ces jeunes se rendaient chaque soir durant le mois précédant le mariage autour de la maison de la fiancée avec des cloches de vaches pour faire du bruit et attirer l’attention. 

Cette norme venait, parfois, à être contrariée : dans le cas, par exemple, où une jeune fille envisageait d'épouser un garçon venu d'un autre village ou encore si un veuf épousait une jeune fille.

Un couple de poupées de chiffon, « les Mounaques », était aussi accroché à sa maison, telle une caricature des futurs mariés et de leurs défauts. Si ce rituel ne décourageait pas pour autant les prétendants venus d’ailleurs, cette coutume bien ancrée nous plonge aujourd’hui dans l’authenticité du monde rural et des traditions populaires d’autrefois.

Rassurez-vous, ces moqueries bon enfant prenaient tout de même fin le jour du mariage !


À la recherche des « Mounaques »

Mounaques
Mounaques
Mounaques
Mounaques
Mounaques


Chaque année, près de 160 poupées sont exposées à travers Campan, judicieusement disposées dans tous les carrefours du petit village. Devant les maisons, les cafés, dans le parc, ces petits personnages sont omniprésents. Deux familles de « Mounaques » célèbrent leur union dans la cour de l'Église Saint-Jean-Baptiste de Campan et offrent une fabuleuse scène de mariage. Des femmes lavent le linge au lavoir. Des pompiers, des soignants, des scouts, des enfants « Mounaques » animent les rues et le patrimoine bâti de Campan.

Tous les ans, le deuxième dimanche de juillet se tient la Fête des Mariolles en leur honneur, organisée par la confrérie : défilés, spectacles folkloriques, produits du terroir, grand bal sur la place… Ambiance festive assurée !


Que voir à Campan ?


atelier des mounaques


Pour en savoir plus sur ces drôles de poupées, poussez la porte de Mounaques et Compagnie, un atelier de fabrication de petites « Mounaques » de collection artisanale réalisées par des bénévoles à partir de tissu, de ouate et de laine, entièrement peintes à la main. De même, pour découvrir la vie des montagnards Campanois et des habitants de la vallée fin XIXème et début XXème, le musée du Carrefour des Patrimoines propose un fabuleux voyage dans le passé (reproductions de photos, exposition permanente d'objets et de costumes traditionnels).


musée carrefour des patrimoines


Enfin côté curiosité, le Monument aux Morts de Campan a de quoi surprendre. Sculpté par l’artiste bordelais Edmond Chrétien en 1926, la statue sobre et émouvante représente une femme en deuil, bien loin de la représentation habituelle des soldats héroïques. Vêtue d’un long capulet noir, le vêtement traditionnel de deuil de la vallée, son visage invisible symbolise des générations de femmes endeuillées par la guerre.

Monuments aux Morts de Campan
Monuments aux Morts de Campan
Intérieur de l’Église du XVIème de Campan
Intérieur de l’Église du XVIème de Campan


Avis aux amateurs de marche à pied ! Campan constitue un point de départ de randonnées grandioses dans les Pyrénées : La Hourquette d’Ancizan, le col d’Aspin, le col de Beyrède

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Article et photos préparés par Lesley Williamson


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